Histoire

L’Ecole Vinet a été fondée en 1839 par Alexandre Vinet sous le nom d’«Ecole supérieure de jeunes filles».
Bâtiment de la rue du Midi à Lausanne, jusqu'en 1950
Bâtiment de la rue du Midi à Lausanne, jusqu'en 1950

Elle fut la première dans le canton de Vaud à offrir à ces dernières la possibilité de suivre des études secondaires réservées jusqu’alors aux garçons.

Elle a ainsi joué un rôle de moteur pour le développement de l’instruction dans le canton et prépare avec succès,
depuis 175 ans, des jeunes à leur entrée dans la vie active ou dans les gymnases vaudois.

Cette longévité implique, pour un établissement scolaire, un défi permanent d’adaptabilité et d’innovation,
afin d’offrir aux élèves les meilleures bases pour leur avenir et être en adéquation avec un monde en perpétuelle mutation.

1839-1939

La création, en 1839, de l‘Ecole supérieure, qui prit plus tard le nom d’Ecole Vinet, marque une étape dans l‘histoire de nos institutions scolaires, et aussi dans l’évolution des idées et le développement intellectuel à Lausanne...

Au début du XVIIIe siècle déjà, J.-P. de Crousaz avait déploré que l’instruction des femmes se bornât aux éléments. « Des mères, élevées avec plus de soin, seraient en état de mieux élever leurs enfants. Il est honteux de négliger l`éducation d’un sexe dont les lumières et les vertus pourraient avoir tant d’influence sur les mœurs des hommes.
Dans une série d’articles (Nouvelliste Vaudois, juillet et août 1824), Vinet développa toutes les raisons qui doivent déterminer l’Etat à s’intéresser à l’instruction secondaire féminine. Il entrevoyait la création d’écoles largement ouvertes à toutes celles qui seraient capables de profiter d’un enseignement solide, sérieux. Pas de culture superficielle ou incomplète; une formation raisonnable qui oppose aux écarts de l’imagination une insurmontable barrière. Et il voyait l’influence d’un tel système étendre ses conséquences heureuses, puisque «les femmes impriment le sceau de leur caractère et de leurs mœurs à chaque génération nouvelle, puisque chaque génération, pendant ses premières années, leur appartient exclusivement ››.
Jusqu’en 1837 pourtant, rien ne fut tenté pour les jeunes filles.
A cette date, une femme dévouée, Mme Samuel de Molin, fille de François Huber, le savant naturaliste aveugle, ouvrit une école privée, avec l’appui de maîtres distingués : Monnard, Gauthey, Lèbre, Espérandieu. Dès son retour à Lausanne, en 1838, Vinet s’intéressa à cette institution, qui réalisait ses vœux. Le départ de Mme de Molin devait entraîner la fermeture des cours dont elle avait pris l’initiative. Mais, précisément en 1839, les membres du comité de l’Ecole moyenne organisaient, sous le patronage de la Municipalité, l’Ecole supérieure des jeunes filles. Les autorités fournissaient l’ameublement, les locaux, contre un loyer annuel de 550 francs. L’école tirait ses ressources d’elle-même. Chaque élève versait 120 francs par an. Les maîtres recevaient 15 batz par heure. Bientôt deux classes s’ouvrirent dans l’ancienne cure de la Madeleine, sous la surveillance du Dr Verdeil, l’historien du canton de Vaud, du libraire Fischer, plus tard conseiller d’Etat, et de Joël, père du futur syndic. En 1841 un nouveau comité de direction se constitua avec A. Vinet comme président. Cette école mi-officielle connut un développement rapide. Avant la fin de 1842, elle possédait quatre classes et près d’une centaine d’élèves. Une douzaine de maîtres, dont l’historien Gaullieur et le poète J.-J. Porchat, aidés des maîtresses d’études se partageaient l’enseignement.
Surtout, on voulait entourer les jeunes filles de sollicitude, d’une atmosphère de confiance, leur inspirer, par une discipline ferme et affectueuse à la fois, une obéissance spontanée, développer les qualités du cœur autant que celles de l’esprit. L’éducation morale devait aller de pair avec la culture intellectuelle.
En 1849, la Commune instituait, comme la loi scolaire de 1846 l’y autorisait, et suivant l’exemple d’Aubonne, de Rolle, de Vevey, d’Yverdon, une école supérieure industrielle de jeunes filles. A la demande de nombreux parents, le Comité décida de poursuivre son œuvre. Il y avait place pour deux écoles dont la concurrence pouvait devenir une fructueuse émulation; par des moyens différents, on pouvait travailler au même but, remplir une même belle et grande mission.
Et dès lors l’Ecole poursuivit sa tâche, à la Madeleine, puis à Bel-Air, enfin à la rue du Midi. Chaque époque apporta ses modifications, ses progrès. L’institution des examens et d’un “diplôme de bonnes études”, l’introduction de l’enseignement de la gymnastique, après bien des hésitations, le développement de celui des sciences naturelles, marquent l’étape de 1848 à 1857.
Mais il appartenait à Mlle Sophie Godet de réorganiser complètement l’établissement lui-même, et d’assumer, de 1884 à 1908, une direction « parfaite ››. Un gymnase, des classes pour étrangères, des classes de latin, l’introduction des procédés intuitifs, de méthodes nouvelles. L’organisme se développa merveilleusement et aussi harmonieusement.
“Ce qui vit et veut vivre ne saurait demeurer stationnaire”, disait Henri Vuilleumier lors de l’inauguration, en 1898, des bâtiments de la rue du Midi, Une institution qui ne se rajeunit pas, décline. Cela, mieux que quiconque, René Guisan le savait, et pour cela sa direction (1908-1917) fut si féconde.
D’Alexandre Vinet à René Guisan, que de noms seraient à citer! François Guisan, Louis Vulliemin, Louis Vautier, Georges de Molin, Favrod-Coune, De Loës, parmi les membres du Comité de direction; Elise Vinet, William Cart, Louise Secrétan, Florence Chavannes, Philippe Bridel et tant d’autres parmi les maîtres – une longue tradition.
Plus et mieux encore, Vinet a établi « son » Ecole sur des bases solides ; il lui a assigné un but supérieur : l’éducation morale aussi bien qu’intellectuelle des jeunes filles à elle confiées; il a voulu qu’elle devienne un foyer de culture, d’une culture étendue sans doute, scientifique et littéraire, mais aussi et surtout, ne négligeant ni le cœur, ni l’esprit. Former, il l’a dit lui-même, “des femmes instruites, sérieuses et sensées ››. Un magnifique programme, dont il a dégagé l’esprit et la méthode. Ne pas se borner à «farder l’intelligence “. Avec le respect qui est dû à l’âme, à l’intelligence, à la destination sociale de la femme, lui inculquer des connaissances solides. Initier, comme il le répétait dans une allocution aux élèves, l’esprit “au vrai, au beau “, par la contemplation des merveilles de la charité, de celles de la nature, de celles de la parole dans l’analyse des différents idiomes, de celles des lois qui régissent en secret la marche des sociétés. Une longue fête de l’intelligence: “Chassez l’ennui de cette enceinte où il n’a que faire ; l’ennui s’attache au travail inconstant et décousu; dans l’école, et partout ailleurs, c’est la paresse qui ennuie, c’est l’activité qui jouit: rien ne pèse comme un devoir qu’on a voulu rendre léger”.
Tant que l’Ecole Vinet maintiendra, à ses fondements les idées et les convictions de celui dont elle s’honore de porter le nom, tant qu’elle sera un centre d’humanisme chrétien, elle aura sa raison d’être. Et en demeurant fidèle à l’esprit du grand éducateur vaudois, elle contribuera, sans étroitesse et en collaboration sincère avec d’autres, au développement de notre patrimoine spirituel.

1939-1989

Cinquante ans ont passé, apportant à l’image de notre temps, une mutation si profonde, des changements si rapides, que toute institution se vouant à la formation des enfants ne pouvait manquer d‘en être bouleversée. Il a fallu à l’Ecole Vinet des facultés d‘adaptation peu communes pour marcher, que dis-je, courir au rythme de l’évolution des impératifs pédagogiques. Plus question, en effet, de préparer les jeunes filles à leurs seuls devoirs de femmes et de mères, mais bien de les armer pour le combat de la vie, coude-à-coude avec leurs partenaires masculins...

Dans cette optique et tout en demeurant fidèle à ses buts premiers, respect de la valeur individuelle, développement libre et harmonieux de la personne, l’Ecole Vinet introduira une série d’innovations dans son enseignement, du laboratoire de langues au parlement d’élèves, en passant par de nouvelles sections scientifiques, techniques, commerciales, des classes à options diversifiées et même la création d’une dixième classe pour des élèves désirant parfaire leur instruction en vue d’une formation professionnelle.
Le cheminement de cette période essentielle a commencé par les années de guerre. L’Ecole fait face positivement et dans la mesure de ses moyens. Conformément au plan Wahlen, le jardin de la rue du Midi produit des pommes de terre en masse. Des ballots de lainage sont envoyés à la frontière et les gymnasiennes participent avec enthousiasme à l’aide à la campagne secondant, aussi bien que possible, les fermières demeurées seules en l’absence de leurs hommes qui paient leur tribut à la MOB.
Depuis 1938 déjà, plusieurs professeurs enseignent conjointement à l’Ecole Vinet et à l’école officielle. La cohabitation s’étend à la location de classes à l’Ecole supérieure de Villamont. Mais bientôt des soucis financiers se font jour, engendrés, entre autres, par le prix du chauffage et aussi par la disparition des élèves étrangères. En 1950, le Conseil de l’Ecole prend la grave décision de déménager de la rue du Midi dans le petit immeuble de « La Provence››, ancienne villa de maîtres sise au chemin des Magnolias, tout à côté de la «Sussup››. Mis, non sans désinvolture, devant le fait accompli, le corps enseignant n’est pas content du tout. Il le fait savoir et réclame d’être représenté au Conseil. Après bien des tergiversations, c’est chose faite. Quelques années plus tard, les professeurs verront également leur situation s’améliorer par leur entrée dans la caisse de retraite de l’enseignement privé, alors que jusque-là leur (modeste) retraite était assurée par la seule Ecole Vinet.

Une première réalisation d’importance voit le jour: 1976 marque l’ouverture à la mixité, jusque-là fermement refusée par l’Ecole, qui pensait ainsi donner plus de chances intellectuelles à la jeune fille. Avec l’évolution des mœurs, l’introduction des garçons, très désirée par les élèves, apparaît comme une solution profitable à chacun. Les quatorze petits hommes de 10 ans, qui entrent en première année secondaire, incarnent le début de l’application du plan NEV, lequel se concrétisera plus tard avec 300 élèves, 150 filles et 150 garçons.
La préoccupation d’offrir aux élèves toutes les chances d’une formation aussi complète que possible, entraîne une réforme d’envergure, facilitée financièrement par l’héritage du fonds du Collège de la Châtaigneraie. Décision sera prise de transformer le bâtiment, la reconstruction permettant de créer deux nouvelles classes, un réfectoire, une salle de gymnastique rénovée, une salle de dessin et travaux manuels, ainsi qu’une salle de sciences pour physique et chimie. Inaugurés en 1976, les nouveaux locaux seront tout à fait terminés en 1981. A noter qu’en 1988 d’autres rénovations importantes sont entreprises. L’Ecole Vinet de 1989 offrira un visage sans rides!

Melle Marie Bridel, de 1935 à 1952, M. Victor Bridel, 1952/59; M. Hugues de Rham 1959/85; M. François Delessert, 1985/87, Mme Françoise Vallotton dès 1987, se sont succédé a la direction de l’Ecole. Tous ont veillé à maintenir intactes les constantes qui forment l’armature de l’enseignement tel que le voulait Vinet: créer une élite du cœur et de l’esprit sur des bases chrétiennes, sans discrimination confessionnelle, dans une école qui se veut évangélique et ouverte à tous.
Bref, l’Ecole a, si l’on ose dire, viré sa cuti en mettant en cause tout son système scolaire, de manière à donner sa chance à chaque élève, ceci par des appuis et des passages facilités d’un type scolaire à l’autre. Elle fera tout pour permettre aux enfants de découvrir la richesse du monde en mettant en œuvre des instruments de compréhension qui seront plus tard des moyens d’action.
Avec tout cela, la NEV reste une école à mesure humaine où le nombre limité des élèves par classe et au total, facilite les relations, la connaissance des uns et des autres, maîtres, élèves et parents. Elle jouit aussi du soutien d’une association d’anciens élèves, vivante et efficace, prête à appuyer toute initiative utile.

1989-2014

1989. L’Ecole Vinet franchit le cap de son 150ème anniversaire. Le point d’orgue de cette année a été la théâtrale: «Sacré Charlemagne », texte et mise en scène de Jean-Luc Borgeat. On y retraçait les origines de l’Ecole, représentant Alexandre Vinet ainsi que la directrice fétiche de l’époque, Mlle Sophie Godet. Les élèves se sont jetés à l’eau et, sous la férule d’un metteur en scène intransigeant, sont entrés dans la peau de véritables comédiens professionnels. Ce fut une réussite totale qui a laissé un souvenir impérissable, non seulement aux participants mais aussi au nombreux public venu applaudir ces adolescents...

La suite des festivités s’est composée d’une soirée consacrée aux parents ainsi que diverses conférences publiques.

1989. C’est aussi la date du Bicentenaire de la Révolution française. L’Ecole a imaginé célébrer les deux anniversaires en se rendant quelques jours à Paris en grande pompe avec plus d’une centaine d’élèves, soit toutes les grandes classes. Si les élèves s’en souviennent, les professeurs accompagnants certainement aussi !

Un autre bicentenaire fêté avec faste fut celui de la naissance d’Alexandre Vinet en 1997. L’Ecole y fut associée et se distingua par une représentation mémorable de centaines de maximes de notre fondateur, chantées et dansées devant sa statue, sous forme de rap.
Avec la généralisation de l’information, l’école n’est plus un lieu retranché derrière ses murs et accessible aux seuls initiés. Les parents veulent voir ce qui s’y passe et c’est pourquoi les portes de l’école ont été ouvertes au public. A ces occasions, les élèves exposent les travaux réalisés au cours de l’année, mettent sur pied des expériences scientifiques ou se produisent sous la baguette du maître de musique. C’est aussi au cours de ces 25 dernières années que les activités extrascolaires ont pris de l’importance et camps de ski, sorties diverses, voyages d’études et compétitions ponctuent le déroulement de l’année scolaire.

Fidèle à sa tradition, l’Ecole Vinet cherche à anticiper l’évolution des nouvelles techniques d’enseignement qui tendent à responsabiliser l’élève. C’est pourquoi elle a adopté très tôt la méthode de la gestion mentale selon Antoine de la Garanderie. Il s’agit de donner au jeune le plus de moyens possibles pour construire lui-même sa réussite, en lui fournissant des outils d’apprentissage afin de mieux gérer son travail. Les enseignants ont tous suivi une formation de base qu’ils poursuivent régulièrement pour accompagner leurs étudiants dans cette démarche.

Au vu de la complexité des filières s’ouvrant actuellement à nos jeunes adolescents, il devenait nécessaire de les aider à choisir intelligemment parmi toutes les voies qui s’offraient à eux. Dès 1997, un service d’orientation professionnelle a été mis sur pied, se calquant sur une offre de l’école publique. Au fil des ans, ce service a pris de l’importance et, afin de le gérer de manière encore plus satisfaisante, nous avons fait appel au Centre Patronal lui donnant mandat de développer cette prestation. Aujourd’hui, notre offre va bien au-delà de ce qu’offre l’enseignement public. Tous nos élèves de 11e générale passent des tests de personnalité et de compétence, analysés par une spécialiste qui en discute ensuite avec parents et enfants. Elle aide au besoin ces jeunes dans leur recherche d’emploi ou de filière.

[Les demandes d’admission d’élèves à haut potentiel intellectuel (HPI) sont en augmentation depuis quelques années. A plusieurs reprises, nous avons été confrontés à des cas où les enseignants ne savaient pas entourer efficacement ces élèves différents. L’engagement d’un coach spécialisé dans le suivi de ces élèves souvent en difficulté scolaire malgré leurs compétences a permis de résoudre en partie le problème. En s’occupant d’eux durant une à deux périodes hebdomadaires, il leur permet de suivre avec succès un cursus normal.]

Différents changements dans les mentalités ont amené deux modifications importantes dans la structure scolaire officielle.
La première est venue avec l’apparition des Hautes Ecole Spécialisées, sur le plan fédéral.
Nous avons pu développer cette option en préparant les élèves à l’entrée en première ou deuxième année.
En 1996, la cheffe du département de l’Instruction publique décidait de mettre fin à la convention qui nous liait depuis plus de 150 ans.
Le diplôme Vinet, reconnu par l’Etat, ne permettrait plus à nos élèves de passer automatiquement dans les gymnases cantonaux.
Nous avons opté pour préparer tous nos élèves de dernière année à l’examen d’admission au gymnase, que ce soit en classe de maturité ou de culture générale.

La qualité de l’Ecole Vinet est donc toujours au rendez-vous et nous pouvons espérer fêter, dans 25 ans, les 200 ans d’une école qui a su s’adapter contre vents et marées à l’évolution de la société et de l’enseignement.

Textes extraits de :

L’ÉCOLE VINET, par Henri PERROCHON, privat-docent à l’Université de Lausanne.
Texte paru dans Hommage à l’Ecole Vinet 1839-1939

L’Ecole Vinet sur les marches du temps
de Colette Muret, paru dans la brochure « Vinet, les 150 ans de son école »

L’Ecole Vinet du XXIème siècle
de Anne Klunge, présidente du Conseil de l’Ecole Vinet et Françoise Graf, directrice de l’Ecole de 1987 à 2010, paru dans la brochure du 175ème anniversaire de l’Ecole.